C’est un séisme dans le paysage syndical. Attendu, annoncé, espéré, mais non moins historique. La deuxième mesure de la représentativité des organisations syndicales du secteur privé – qui agrège les résultats du premier tour des élections DP/CE dans les entreprises de plus de onze salariés, les élections TPE et dans les chambres départementales d’agriculture – hisse la CFDT en tête des organisations syndicales représentant les salariés du secteur privé, à 26,37 %. Elle progresse ainsi de 0,37 points, mais surtout de 62 741 voix. Elle devance la CGT qui, à 24,85 %, est reléguée en deuxième position – une situation inédite depuis la constitution de cette organisation en 1895.






























Le syndicalisme CFDT conforté

« Alors que beaucoup pensaient cela impossible il y a quelques années, nous vivons un profond bouleversement du paysage syndical, souligne Laurent Berger. Et si, depuis 2013 nous étions convaincus que c’était possible, nous n’imaginions pas un tel écart aujourd’hui ! » Il faut dire que tandis que la CFDT progresse, la CGT régresse fortement en points (- 1,96 point) et en nombre de voix (- 58 189).

« Cette première place confirme que notre type de syndicalisme, capable de regarder la réalité en face pour mieux la transformer, capable de faire des propositions, de s’engager dans la négociation et d'obtenir des résultats concrets, répond aux attentes des salariés », a salué le secrétaire général de la CFDT. De fait, alors que les organisations syndicales dites réformistes sont dans une dynamique plus ou moins forte de progression, les organisations dites contestataires marquent plus ou moins le pas : la CFE-CGC progresse ainsi de 1,25 points à 10,67 %, la CFTC 0,19 points à 9,49 % et l’Unsa de 1,21 points à 5,35 % ; dans le même temps, FO perd 0,42 points à 15,59 % et Sud reste stable à 3,46 % (-0,1 point).

En poids relatif (recalculé sur la base des organisations ayant franchi le seuil des 8 % pour être représentatives au niveau national interprofessionnel), la CFDT atteint 30,32 % – ce qui la met en position de pouvoir signer seule un accord au niveau national interprofessionnel.

Un rassemblement des militants le 3 octobre prochain

Immédiatement après l’annonce des résultats, ce 31 mars au Haut Conseil du dialogue social, Laurent Berger a tenu à souligner que « ce résultat est celui de milliers de femmes et d’hommes qui, chaque jour, s’engagent auprès de leurs collègues pour les défendre, les accompagner, obtenir de nouveaux droits qui améliorent leur quotidien. Ce sont les militantes et militants CFDT, qui obtiennent la confiance et le vote des salariés et peuvent être fiers de ce qu’ils accomplissent chaque jour. Avec eux, le syndicalisme français vient de changer de visage ! » Un rassemblement de plus de 10 000 militants, le 3 octobre prochain, permettra d’amplifier la dynamique.

Les quatre appels de la CFDT

Conscient du poids et de la responsabilité qui vont de pair avec cette première place, Laurent Berger a saisi l’occasion pour lancer quatre appels. Aux futurs gouvernants de ce pays, une mise en garde : « Il n’y a pas, et il n’y aura pas de progrès économique et social durable sans un dialogue social de qualité, s'appuyant sur des organisations syndicales solides et reconnues de l’entreprise au national en passant par la branche et les territoires. » Il a invité patronat et employeurs à « donner davantage d’espaces à un dialogue social fondé sur la reconnaissance d’intérêts contradictoires mais cherchant le compromis utile à tous » et à « partager davantage le pouvoir économique avec ceux qui représentent l’intérêt des salariés » : « Le syndicalisme change...alors changez aussi ! » Aux autres organisations syndicales « qui partagent notre conception de la démocratie sociale et du progrès social », il a proposé : « Travaillons davantage ensemble, malgré nos différences et nos divergences. Les salariés attendent de nous des résultats et nous serons plus forts ensemble pour les obtenir. » Enfin, il a appelé les salariés à rejoindre la CFDT pour « développer ensemble ce syndicalisme constructif et utile pour chacun ». Et contribuer à écrire une nouvelle page du syndicalisme. Avec l’ambition, affirmée par le secrétaire général, de « devenir première organisation syndicale dans le public comme dans le privé » lors des élections dans la fonction publique en 2018.